" Le plus bel idéal pour une génération, c'est de s'efforcer que la génération qui la suit puisse vivre et jouir de plus de beauté, de plus de bonheur ; c'est de réduire les causes de malentendu, les préjugés imbéciles, les souffrances superflues, les conflits inutiles. Cet idéal est celui de l'éducation. Sans lui, la raison d'être même de l'homme s'évanouit. S'il n'y avait pas l'enfant à élever, à protéger, à instruire et à transformer en homme pour demain, l'homme d'aujourd'hui deviendrait un non sens et pourrait disparaître. "
Ovide Decroly (1929) (1871-1932)

Cet idéal fort et porteur, l’éducation, l'équipe éducative et pédagogique de l'école tente quotidiennement de le mettre en œuvre dans son projet pédagogique.

Notre école a pour objectif d’accompagner l'enfant à s'épanouir, à devenir un être autonome et conscient de ses intérêts, apte à assumer ses  responsabilités humaines (notamment familiales, professionnelles et civiques) et à participer activement à sa propre évolution et à celle de la société. Elle vise à participer au développement de chaque enfant pour qu’il devienne un être curieux, intéressé et cultivé, créatif, critique, respectueux, tolérant, solidaire grâce à une éducation globale.

S'insérant dans une éducation continue, notre école veut susciter et entretenir le désir d'apprendre, développer le sens social, cultiver la disponibilité et l'adaptation au changement. Place y est donc faite à l'initiative, à l'autonomie et à la coopération.

Notre projet éducatif veut, pour cela, faire progresser chaque enfant en fonction de ses réussites. D'innombrables facteurs peuvent modifier la physionomie de notre école : nous allons préciser ici nos options actuelles.

La ligne de conduite adoptée par l'ensemble de l’équipe, basée sur les principes du docteur Decroly, résulte des réflexions et des discussions avec tous les acteurs de l'éducation : les pédagogues, les éducateurices, les parents et l'enfant acteur de son devenir.

L'enseignement doit être en contact avec la vie

Tout enseignement devrait bouger, évoluer sans cesse, s'adapter souplement à toutes les situations nouvelles. Dans les faits, rien n'est plus difficile. Celui que nous pratiquons se veut étroitement lié à la vie de la collectivité et aux intérêts des enfants ; ainsi un contact permanent est maintenu avec la société qui nous entoure ; ce qui assure la diversité maximale des activités.
Le choix des sujets d'étude est toujours en relation avec le monde qui nous entoure et en corrélation avec toutes les facultés de l'enfant. Nous partons du contact direct avec la matière, du concret pour atteindre les aspects plus abstraits qui, souvent, en découlent.

L'observation de la réalité reste une des principales motivations qui nous mènent à l'étude de théories plus générales. Nous nous opposons ainsi aux courants qui appliquent à l'éducation des méthodes tirées des théories de l'information et des formalismes logiques. De même, nous subordonnons les techniques de lecture et d'écriture à la maîtrise préalable des contenus par l'observation. Ainsi avec les plus petits, nous passons de l'activité sous toutes ses formes, au dessin, dont le graphisme mène à la méthode idéo-visuelle. Simple procédé destiné à fixer une découverte, l'écriture est un relais de la mémoire ; elle est un des éléments du cahier personnel de l'enfant qui note ce qui retient son intérêt ou sollicite une recherche. Le cahier rend ainsi le manuel inutile ; le livre, par contre, est un des éléments de référence indispensables.

Ainsi, l'intérêt pour la vie réelle et l'actualité est suscité à tout moment ; mais nous demandons aussi à nos élèves un engagement actif et personnel au sein de leur projet de classe. Une vision multiple de la réalité est ainsi offerte à l'enfant, entraîné à porter des jugements de bonne foi et à prendre des responsabilités. 

Le travail d'équipe permet à l'enfant de s'épanouir et de se former dans un climat de confiance mutuelle ; en même temps, il les prépare à assumer leurs responsabilités et leurs choix d'adulte. La ligne de conduite éducative que nous choisissons se veut la plus conforme aux principes démocratiques, mais l’enseignant·e y assume un mandat spécifique dû à sa compétence et à ses responsabilités. Cette situation est la seule féconde parce qu'elle assure la répartition des rôles sociaux dans le respect de l'égalité des personnes. Nous ne voulons pas créer un univers illusoire et trop sécurisant, qui ne donnerait à l'enfant aucune des armes nécessaires pour assurer lui-même son équilibre. Les réflexions de société, "politiques" sont abordées dans le cadre de la "Déclaration Universelle des Droits de l'Homme", et de la "Convention internationale des droits de l'enfant " qui nous garantit un climat chaleureux, non concurrentiel, pleinement solidaire.

Le but essentiel de notre méthode active n'est donc pas l'acquisition de connaissances plus ou moins encyclopédiques. Nous visons plutôt à éveiller l'intérêt des enfants, à développer leurs potentialités de raisonnement. Celui-ci est soutenu par des acquisitions de notions et techniques. Nous cherchons ainsi à développer au maximum toutes les facultés intellectuelles, physiques, créatives et sociales de chaque enfant.

Nous nous efforçons aussi d'aider chaque enfant à acquérir une méthode de travail, à l’habituer à réfléchir et à s'exprimer. C'est pourquoi, nous partons de l'activité ; l'enfant est constamment incité à participer, dans la mesure de ses possibilités, au travail commun de recherche et d'action, de réflexion et de mise au point ; à concevoir et à réaliser des travaux personnels, à approfondir par lui-même les domaines qui l'intéressent particulièrement, documents en mains ; à répondre à des questions faisant appel à d'autres qualités intellectuelles que la mémoire seule. Certes la mémoire est à entraîner, mais nous cherchons à éviter l’écueil d'acquisitions condamnées à être fugitives, parce que mémorisées sans réflexion, ce qui n'est que l'illusion du savoir.

La connaissance des autres

Il paraît important, à une époque où toutes les valeurs s'affrontent, que l'école soit un lieu de rencontre où enfants et adultes aient le désir de se connaître et apprennent à se respecter. Le principe de la liberté de chacun·e doit être constamment pensé et rappelé. En effet, l'enfant, personnalité en formation, face aux opinions de ceux et celles qu'il côtoie, trouvera plus justement sa voie dans la confrontation de différents types de pensée. L'école se veut ouverte : chacun·e devra s'y sentir libre de penser, de choisir, de discuter, de défendre ses opinions, dans un esprit de tolérance et de compréhension réciproque. Ceci n'est possible que dans un climat de bonne volonté, de sincérité, de bonne foi, excluant les aspects concurrentiels de la "course aux points" ou du classement hiérarchisé.
Diverses tensions se produisent nécessairement dans un groupe. Nous les rencontrons avec franchise, en assurant le maximum d'échanges entre enfants et adultes, en instituant des débats au cœur des classes. L'évolution sociale de chaque enfant fait l'objet d'un examen régulier avec l'enfant, le groupe et l’enseignant·e.

La discipline

La notion de discipline découle de la vie en communauté d’une part, de l’autonomie personnelle d’autre part. En effet, « la liberté de chacun·e s’arrête où commence celle d’autrui » ; mais toute la difficulté réside dans la délimitation de cette restriction. De plus, la liberté personnelle, dans le cadre d’une institution scolaire, s’arrête aussi là où commence l’autodestruction physique, morale ou intellectuelle. 

Dès lors, les règles doivent entrer en jeu. Il est souhaitable que ces règles soient établies par ceux et celles qui doivent les respecter et les faire respecter. La base de leur élaboration doit être le bon fonctionnement de notre collectivité. Il est essentiel aussi de tenir compte des objectifs pédagogiques qui constituent la finalité de l’école et de veiller à ce qu’en aucun cas, les normes de discipline ne freinent le progrès. Il s’agit de trouver un équilibre délicat entre les tendances des enfants et les exigences de la formation. Les règles sont toujours diversement ressenties et ne reflètent qu’un consensus toujours temporaire, mais elles témoignent d’un souci constant : celui d’assurer le bon fonctionnement de la collectivité. Il faut donc que leur utilité soit bien comprise. Nous tenons à inscrire parmi ces normes le respect des biens de la collectivité et la prise en considération d’aspects matériels dont tous les membres doivent être conscients et ce, dès le plus jeune âge.

La liberté accordée à chacun·e dans l’école permet d’apprécier la manière dont l’enfant applique consciemment ces règles. Pour ceux et celles qui n’acquièrent que lentement leur auto-discipline, le problème de la sanction peut se poser. Certains enfants sont enclins à la provocation, soit pour tester leur entourage, soit par souci d’originalité. Il est donc nécessaire de prévoir des mesures adaptées à chaque cas, mesures qui visent à obtenir une prise de conscience effective de la nécessité de règles. 

Une infraction entraîne donc une réparation appropriée à la nature du dommage causé, réparation décidée de commun accord entre les 2 parties. Cette réparation se fonde sur l’entraide et la solidarité.
Nous attachons la plus grande importance à cette formation sociale. Ceux et celles qui, malgré les efforts de leur groupe, ne parviennent pas à le comprendre peuvent se voir exclus momentanément ou définitivement de l’école, parce qu’ils ou elles découragent leurs camarades qui attachent autant d’importance à l’éducation des qualités humaines qu’à l’instruction.

La méthode decrolyenne

Situons rapidement la personnalité qui est à la base de notre méthode decrolyenne : Ovide Decroly naît à Renaix en 1871. Après une formation médicale à l'Université de Gand, suivie de séjours d'études à Berlin et à Paris, il s'intéresse au traitement des maladies du système nerveux. Il se consacre en Belgique à l'enfance anormale. Très rapidement, il est convaincu du peu d'efficacité des méthodes d'enseignement en usage à l'époque. Sa première publication l'atteste, elle a pour titre : "Notre régime scolaire préparerait-il des anormaux ? " Déjà dans cet article paru en 1905, il ébauche quelques caractéristiques de ses principes pédagogiques : le recours aux méthodes actives, l'ouverture de l'école vers la société, l'emploi de jeux éducatifs, la formation des instituteurices à l’université… pour s'en tenir à quelques grands principes de base.

Cette orientation polarise son intérêt vers l'éducation. En 1901, il se décide à installer l'École Nouvelle dans sa propre maison. Il vit alors en contact direct avec des enfants “irréguliers”, met au point sa pédagogie active qui s'avère être le germe d'une révolution de l'enseignement. L'institut se double en effet d'un laboratoire de psychologie qui soumet aux plus rigoureuses exigences scientifiques les observations du Docteur Decroly et de ses collaborateurs. La richesse des informations recueillies le pousse en 1907 à fonder un établissement pour enfants “réguliers” : l'Ecole de l'Ermitage. Dès lors, ces 2 écoles - l'Institut et l'Ecole de l'Ermitage deviennent pour Decroly une source constante de recherches et de publications qui l'amènent à participer activement à la vie scientifique internationale. Il devient professeur à l'Université libre de Bruxelles. Nous pouvons donc le situer parmi les éducateurs contemporains avec Montessori, Claparède, Freinet, novateurs de l'École Nouvelle, en notant que la triple qualité, d'éducateur, de psychologue et de médecin donne aux travaux de Decroly un prix spécial.

A l'École Ouverte, les idées decrolyennes sont à la base de nos activités : l'enfant dans son développement global. L'enfant est au centre de nos préoccupations. Il est à chaque fois unique, différent par ce qu'il est et par ce qu'il a. A nous de permettre son épanouissement total, sur le plan physique, intellectuel, affectif et social, dans un milieu naturel et vrai. L'enfant change, le milieu évolue, il nous faut donc pratiquer à partir de la vie et des intérêts de l'enfant, une pédagogie ouverte, évolutive et créatrice lui permettant de découvrir en toute autonomie.

Ainsi le but de notre enseignement est d'apprendre aux enfants à observer et à réfléchir afin qu'ils apprennent le plus possible par eux-mêmes, se forgent une méthode de travail. Toute situation interrogative vraie requiert une démarche pour aboutir. Pour cela, il faut expérimenter, manipuler, sentir, peser, chercher, faire des comparaisons, des analogies, poser les questions pertinentes, bref réfléchir, être actif avec son corps et sa tête. L'enfant se familiarise ainsi avec l'usage des instruments de mesure, naturels ou scientifiques, avec différents types de références, avec des méthodes de travail.

Sur le plan physique

Le respect du rythme individuel de chaque enfant est une composante importante de notre pédagogie. Les plus jeunes ont la possibilité d'effectuer une sieste dès la fin du repas de midi. Les spécificités de chaque enfant quant à ses rythmes biologiques, intellectuels, physiques sont prises en compte dans les limites de leur expression dans un groupe social et de notre souci d'amener chaque enfant à se développer au mieux et au plus de ses possibilités.

Nous accordons toute l’importance requise au cadre de vie : l’école dispose d’une cour avec une plaine de jeux et de sports, un potager et des poules ; et à l'équilibre alimentaire en veillant aux conditions de repas sur le temps de midi.

Nous accordons de l'attention au développement physique et psychomoteur de l'enfant, les activités de psychomotricité sont bien présentes dès la classe d’accueil.

Nous prévoyons autant que possible des ateliers créatifs, des travaux manuels ou des activités sportives durant l’après-midi. On constate en effet que l'après-midi est peu efficace du point de vue du travail intellectuel, la baisse de vigilance est très importante entre 13h00 et 15h00 chez les enfants et adolescents. De plus, une bonne partie de la fatigue de l'écolier·e provient du manque de mouvement.

Les grandes étapes de la vie d’une journée se rythment donc ainsi :

  • Le matin, sont regroupées les activités scolaires telles que l’observation, la mesure, l’association, l’expression…. Ce qui permet un engagement plus réel, plus proche de la réalité des enfants et nous permet parfaitement de réaliser l'intégralité du programme.

  • Le temps de midi est consacré au repas puis aux jeux libres ou au repos.

  • L'après-midi est, dans la mesure du possible, consacrée aux activités sportives (gymnastique, sport, natation…), aux ateliers créatifs, aux travaux manuels ou autonomes pour se terminer le plus souvent par une évocation des notions vues durant la journée puis la mise en ordre du local.

L'activité des enfants ne se situe pas seulement dans la classe mais aussi lors des visites, lors des expérimentations ou découvertes dans la nature, lors des ateliers…

Sur le plan social et affectif

L'Ecole Ouverte veut rester une petite école avec une classe par niveau, une petite communauté où chacun·e se connaît, évolue, peut communiquer. Les enfants vivent dans une ambiance familiale où ils se sentent compris et aimés. Les enfants et les adultes participent à une œuvre commune, organisent la vie de l'école. Les enfants grandissent dans la compréhension pratique de la vie en communauté et participent activement à sa structure sociale. 

Ainsi dans chaque groupe, chaque enfant prend en charge un service qui aide au bon fonctionnement de la classe (balai, distribution, entraide...). Une tournante au sein du groupe permet à chacun·e de s'essayer dans les différentes tâches et de se découvrir dans tous les aspects de sa personnalité. 

Chaque classe prend en charge une responsabilité d'école : sécurité incendie, sécurité routière, gestion des poules, des objets perdus.... L'un des buts éducatifs poursuivis par l'école est le développement du sens de la responsabilité. Cet objectif implique :

  • la perception par chacun·e de son utilité sociale ;

  • la formation active aux responsabilités au sein du groupe, compte tenu des aptitudes liées à l'âge et au développement de la personnalité, par la prise en charge de fonctions de plus en plus importantes.

Enfin, des conseils de classe, d'école et assemblées générales sont organisées chaque semaine.

La vie à l’école maternelle

En arrivant à l’école, l'enfant retrouve son rituel sécurisant : ses camarades, son instituteurice, le panier à surprises dans lequel il dépose le trésor qu'il a apporté. C'est un objet qui l'intéresse et que l'on observera tou·te·s ensemble. Cela développera l'intérêt de chacun·e et permettra si le désir s'en fait sentir de développer un projet : planter, cultiver, cuisiner, visiter, réaliser quelque chose pour le groupe, pour les autres…

L'enfant peut alors jouer librement ou s'activer dans un des ateliers mis à sa disposition dans tous les locaux de maternelle. C'est l'accueil. L'enfant ou ses parents peuvent communiquer avec l'instituteurice, l'enfant entre progressivement dans l'ambiance de son groupe en choisissant son activité, ses camarades privilégiés… Il joue librement jusqu'à ce que tou·te·s ses camarades soient présent·e·s, vers 9h.

Le jeu est une activité fondamentale, c'est à travers lui que les acquisitions sont les plus nombreuses. Le jeu est une activité sérieuse pour l'enfant, il y déploie son imagination, il y développe sa créativité. Grâce à lui, il apprend à se mêler au groupe social et à exercer ses qualités d'entraide.

Pour le·la pédagogue, le jeu libre est d'un intérêt capital : il ou elle peut observer l'enfant, déceler ses tendances affectives, ses possibilités d'attention, de concentration. Il ou elle peut aussi l'enrichir pour développer des notions ou comportements de l'enfant. L'eau, le sable, les animaux, les plantes font partie de la vie des petits.

Le rangement des jouets et des jeux précède l'installation pour la découverte des surprises. Les enfants posent des questions, découvrent l'objet. L'instituteurice parle peu, fait observer sur le vif. On regarde, on touche, on sent, on écoute, on goûte si cela est possible. Les 5 sens sont en éveil. L'enfant est actif, il apprend.

La prise en commun de la collation précède les jeux de la récréation. Là aussi, le jardin regorge de richesses propres à développer l'imagination.

Les activités reprennent ensuite afin de développer le projet proposé. Le dessin occupe une place importante en maternelle. C'est un mode d'expression important de l'enfant. Il y exprime ses intérêts, ses idées, ses rêves, ses phantasmes, parfois ses préoccupations.

Les ateliers sont nombreux dans le groupe. Durant la dernière année de maternelle, les enfants sont mêlés dans des ateliers avec des enfants de primaire, ce qui supprime la coupure classique et traditionnelle entre l'école maternelle et l'école primaire.

Beaucoup de vie, de mouvement, de créativité, d'action, de joie, de liberté exprimées sous la guidance des instituteurices à l'écoute des enfants, désireux·ses de développer au mieux chez chacun·e les potentialités latentes.

La vie à l'école primaire

Notre organisation scolaire poursuit 2 objectifs :

  1. Le développement harmonieux de chaque enfant en l'incitant à aller le plus loin possible dans ses possibilités. Chaque enfant arrive différent à l'école, avec son vécu, ses potentialités, son savoir. La dimension différenciée de notre pédagogie doit permettre à chacun·e de se développer au mieux, au départ de l'expression de ses intérêts, de la dimension fonctionnelle de notre pédagogie où l'on agit "pour de vrai", où l'on donne du sens, par le développement de projets mettant en oeuvre la dimension participative de notre pédagogie. Nous visons un enfant qui réfléchit, qui s'intéresse, qui se sent responsable de son travail, qui acquiert dans l'action personnelle une méthode de travail qui lui servira au long de sa vie, bien plus que la récitation d'une matière apprise mais non vécue.

  2. L'acquisition de savoirs, savoir-faire, savoir-être. A la fin de la sixième année, le programme officiel est vu et les épreuves externes certificatives sont passées. Nos enfants sont alors capables de s'intégrer dans les différents types d'enseignement secondaire. Un contrôle des acquisitions est régulièrement effectué dans le but de permettre à l'enfant de progresser. 

L'observation - mesure, les sciences et les mathématiques

Les activités d'observation sont la base de notre enseignement. Ce ne sont pas des leçons stéréotypées mais une véritable sensibilisation à l'environnement. Elle est de tous les moments, tous les jours. L'enfant y est acteur par ses réflexions, ses hypothèses, ses expérimentations.

En 1re et 2e, les enfants continuent à apporter leurs surprises, véritables trésors qu'ils veulent faire découvrir à toute la classe. L’expérience des années précédentes permet de cibler plus rapidement les questions grâce aux grandes classes inclusives : est-ce un végétal ? un animal ? un minéral ? Est-ce créé par l’homme ou issu de la nature ?  Le développement des activités découlant de cette surprise entraîne le besoin de précision : mesurer, peser, chercher le volume ou la surface… , ce qui à son tour demande la maîtrise de techniques de calcul, donc de la numération. De nombreuses manipulations permettent aux enfants d'évaluer, d'acquérir les notions de nombres, de longueurs, de poids, de capacités, de volumes, de superficies.

Dans un premier temps, ils utilisent des mesures naturelles : main, pied, empan… qui sont progressivement remplacées par les mesures conventionnelles : mètre, litre, gramme… Cette démarche permet aux enfants de pouvoir toujours mesurer puisque l'instrument de mesure est leur corps, et d'établir concrètement les rapports de celles-ci avant d'effectuer la même démarche pour les mesures conventionnelles. Les notions découvertes par l'enfant sont structurées, organisées pour être mieux fixées puis entraînées.

Dès la 3e, les quatre centres d'intérêt imaginés par Ovide Decroly sont introduits. Ils regroupent les thèmes essentiels de la vie : se nourrir et se reproduire, se protéger contre les intempéries et lutter, se défendre contre les dangers et s'adapter, travailler et se détendre. Chaque centre d’intérêt est exploité en mettant en relation l'enfant avec son organisme, les animaux, les plantes, les minéraux, la société. Les enfants établissent le plan de travail des thèmes qu'ils souhaitent aborder et construisent ainsi leur propre programme. Les découvertes en observation impliquent parfois des visites (ateliers, usines, expositions...) ou des exposés faits par des expert·e·s. Les enfants sont amenés à faire des recherches personnelles ou de groupes, les critiques s'affirment, l'esprit scientifique se développe. Les enfants construisent, comme pour toutes les matières, leur cahier personnalisé qui reprend leurs découvertes, leurs synthèses organisées avec l’aide de l'adulte dans un but de construction du savoir.

L'expression abstraite et le français

L'expression spontanée est valorisée, utilisée et enrichie par l'adulte pour la plupart des apprentissages. Sur le plan oral, l'enfant a le temps de parler, de s'exprimer, de développer le récit de ses sentiments, ses pensées et ses réflexions. Sur le plan écrit, les enfants écrivent  des textes libres (histoires vécues, imaginaires, poésies...) et des résumés d'observation, d'articles, d'exposés...depuis la première année. Peu à peu, l’enfant maîtrise l’expression écrite : forme, style, orthographe. 

La lecture et l'étude de la langue

L'enseignement de la lecture se fait par la méthode globale. C'est la méthode la plus vivante d'apprentissage de la lecture car elle se base sur le langage de l'enfant, évoque une situation vécue et permet la découverte progressive du déchiffrement par l'analyse des analogies. C'est une méthode qui privilégie le sens de la lecture. Cette méthode passionnante pour l'enfant et l'enseignant·e, suit le cheminement spécifique du groupe et permet immédiatement à l'enfant de se sensibiliser à la grammaire, à l'orthographe, par le travail sur la structure de la phrase, le découpage en groupes fonctionnels, les accords entre les mots ou les groupes. 

Progressivement l'enfant se familiarise avec les textes d'auteurs, toujours en relation avec le thème du moment. Il y découvre les beautés de la langue écrite, enrichit son vocabulaire, sa qualité d'écriture, son efficacité de lecture, en apprenant l'orthographe, la conjugaison, les techniques de rédaction et de lecture. 

Les enfants profitent en plus des activités de classe d'un moment hebdomadaire d'animation lecture organisée par des éducateurices. Ils ont également l'occasion d'emprunter des livres à la bibliothèque de l’école.

L'association

Partant de la réalité de ses observations ou de l'actualité, l'enfant élargit le champ de ses réflexions et se pose des questions : comment ailleurs, comment avant? 

L'ailleurs commence par un lieu très proche de l'école que l'on fixe sur maquette, un plan orienté. Progressivement la notion d'espace naît, d'abord limité puis de plus en plus éloigné pour arriver à notre univers. Les cartes, les visites, les conférences, les documents audio-visuels, les livres... sont autant d'outils inépuisables. Les travaux de recherches personnels ou par équipe permettent de diversifier les tâches dans le groupe.

Parallèlement à la notion d’espace, nos enfants acquièrent petit à petit la notion de temps. En maternelle, c'est le rituel de la journée qui scande le temps. En 1re et 2e primaire, la roue du temps, les différents types de calendriers élargissent et complètent cette notion du temps vécu. Puis on découvre le passé proche : "quand maman, grand-mère était petite...". Et voilà qu'on remonte le temps. Au fur et à mesure des découvertes, on place l'événement sur une ligne du temps qui s'étoffe progressivement et donne l'envie d'étudier l'ensemble d'une période dans laquelle on connaît quelques éléments. Ici aussi, les travaux de recherches personnels et en groupe permettent une vision plus complète et diversifiée. A la fin de la 6e, les grandes ruptures dans l'histoire sont travaillées et les grandes périodes historiques sont en place.

Ces notions d'histoire et de géographie sont enrichies par les excursions ou les classes vertes. 

Partir en visite, c'est découvrir la vie dans sa réalité ! Le travail de l'agriculteurice, du·de la boulanger·ère, du vendeur·euse, la beauté d'une frise égyptienne ne peuvent se représenter dans une classe. Richesse donc des visites mais aussi des classes vertes ou chaque groupe a l'occasion de découvrir une région pendant quelques jours  : 

  • la classe de 3e maternelle part traditionnellement à la mer ;

  • la classe de 1re primaire part à la ferme ;

  • la classe de 2e primaire part en forêt ;

  • la classe de 3e primaire part à la découvertes des besoins fondamentaux de Decroly ;

  • la classe de 4e primaire part en classe sportive, à la découverte des nombreux sports qu’ils pourront pratiquer ;

  • les classes de 5e et 6e partent dans une grande ville de Belgique.

Durant les classes vertes, les enfants effectuent dans la réalité une première synthèse sur la Belgique, tant au point de vue historique que géographique. Ils vivent de nombreuses visites guidées, observations, promenades, réalisent des croquis annotés, tiennent à jour un cahier reprenant leurs découvertes sans oublier la préparation minutieuse avant le départ et l’exploitation intéressante au retour.

L'actualité - La morale

Ici aussi, c'est le vécu qui constitue la base de notre travail : vécu d'un enfant, vécu d'un groupe. Présentation d'un point d'actualité locale, nationale ou mondiale selon l'âge et l'intérêt. Les commentaires qui en découlent sont la trame de la leçon de morale, prise de conscience progressive des grandes valeurs éthiques, des différences de philosophie, des problèmes de notre monde (la faim, la paix, la pollution...). Ici aussi, si l'action est possible, elle se fera.

Le néerlandais

La pratique de la seconde langue débute en 3e maternelle par l’intermédiaire de chansons et comptines qui permettent à l’enfant de percevoir d’autres résonances, d’autres sons. A partir de la 3e primaire, l’écrit apparaît progressivement comme support aux activités de communication qui restent essentielles.

Le travail à domicile

Un temps de devoirs est prévu en classe et le travail à domicile consiste principalement en recherches, parachèvement du travail individuel débuté en classe, lectures… 

L'appréciation du travail

Le suivi et l'appréciation du travail se font quotidiennement par l'enseignant·e qui construit ainsi avec plus de précision ses activités. Un retour est transmis aux enfants et aux parents par l'intermédiaire de bulletins clôturant chaque période ou de rapports de décembre et de juin (aussi en maternelle). Les enseignant·e·s apprécisent le travail des enfants de façon qualitative et détaillée plutôt que chiffrée. Les bulletins décrivent l'évolution globale de l'enfant et mettent en évidence les acquis de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être et de compétences. Les rapports très complets et détaillés comportent un commentaire sur l'évolution de l'état physique, intellectuel et social de l'enfant ainsi qu’une synthèse de son évolution dans chaque matière scolaire.

Les parents et l'école

Une étroite collaboration est nécessaire entre l'école et la famille dans l’intérêt des enfants. Les parents ont des contacts directs et réguliers avec les enseignant·e·s que ce soit lors d’un rendez-vous individuel ou lors des réunions de parents collectives. Ces rencontres ont pour but de rendre compte de l’état physique, social et intellectuel du groupe ou d'expliquer les pratiques de classe, permettant dès lors aux parents d'accompagner leur enfant dans la même optique que l'école. Ces échanges demandent un respect mutuel entre les parents et l’équipe éducative.

Pour permettre la vie de l'école, les parents sont sollicités pour organiser les fêtes, gérer les travaux d'entretien des bâtiments, organiser des activités spécifiques telles que la journée “théâtre” ou la fête de l’école.

L'équipe éducative et l'école

Les membres de l'équipe éducative adhèrent au profil pédagogique de l'école et y participent activement. Ils réfléchissent sur leurs pratiques et discutent quotidiennement entre eux des découvertes et des activités qu'ils entreprennent avec leur groupe, de l'évolution des enfants, des difficultés qu'ils rencontrent, cherchent des solutions. Ils se retrouvent chaque semaine pour débattre de points de pédagogie ou d'organisation d'école.

En conclusion

Au bout de leur scolarité à l'École Ouverte, les enfants acquièrent  les notions prévues au programme. De plus, ils possèdent le goût du travail accompli, une bonne méthode, une bonne connaissance d'eux-mêmes, la faculté de consulter des références et la capacité de s'exprimer librement. Dans une ambiance chaleureuse et inoubliable, ils vivent leur vie d'enfant curieux, intéressé et cultivé, acteur dans son milieu, créatif, responsable, autonome, critique, développant des valeurs de respect, tolérance et solidarité.